L’évolution n’est pas religieusement neutre

« L’évolution c’est de la science, la création c’est de la religion. » On entend invariablement cette phrase dans chaque débat entre évolutionnistes et créationnistes. C’est l’argument des partisans de Darwin qui veulent éviter de débattre sur un pied d’égalité avec leurs adversaires : la thèse de la Création n’a pas de légitimité scientifique car elle est teintée de religion. Les créationnistes ne font que proséliter pour leur foi, tandis que les darwinistes ne sont influencés par aucune pensée (ir)religieuse. L’évolution c’est de la science, la création c’est de la religion, fin de la discussion.

Or cette attitude est intellectuellement d’une malhonnêteté évidente. Cette rhétorique s’articule autour d’un sophisme (erreur de logique) que l’on appel ad hominem circonstanciel : les darwinistes prétendent « réfuter d’avance » leurs opposants en leur faisant un procès d’intention : « ils font ça pour leur religion ». Toute personne raisonnable doit admettre que les motivations qui se cachent derrière une théorie sont indépendantes de la valeur scientifique de cette théorie. Une théorie scientifique ne doit donc pas être jugée en fonction des motivations de ses défenseurs, mais en fonction des preuves scientifiques que ses défenseurs présentent.

Faire un procès d’intention à quelqu’un n’est pas réfuter, même si c’est plus facile. Il arrive est fréquemment que des activistes darwinistes refusent dédaigneusement de débattre avec des scientifiques créationnistes sous prétexte qu’ils sont religieux, les traitant avec mépris : « ils ne méritent même pas que je débatte avec eux ». Tel fut en février 1999 le comportement de Cyrille Barrette, professeur d’évolution au Département de biologie à l’Université Laval, lorsque un débat scientifique était programmé entre lui et Lawrence Tisdall, le directeur de l’Association de science créationniste du Québec. Malheureusement, l’attitude condescendante de M. Barrette est assez typique…

Mais si l’évolutionnisme est tellement irréfutable et que le créationnisme est tellement farfelu, pourquoi avoir peur de débattre ? Les disciples de Darwin auraient-ils quelque chose à cacher ? Craignent-ils que les failles de leur théorie soient publiquement exposées ?

Quoi qu’il en soit, nous pouvons aisément inverser leur argument et poser la question suivante : LE DARWINISME EST-IL RELIGIEUSEMENT NEUTRE ? Comme nous allons le voir plus bas, la réponse est NON. Bien entendu, cela ne réfute pas l’évolutionnisme au niveau scientifique, mais ça permet d’en finir avec le mythe que ses partisans sont intellectuellement impartiaux et purs de toute influence spirituelle ou philosophique.

La Genèse du darwinisme

La chaleureuse réception du modèle darwinien par les marxistes au XIXe siècle est un cas d’étude assez intéressant. En tant qu’athées convaincus, les théoriciens du marxisme haïssaient la religion. Karl Marx et Friedrich Engels considéraient que la religion était un obstacle au succès du communisme, son éradication était donc un impératif. Lorsque Charles Darwin publia L’Origine des espèces le 24 novembre 1859, Engels se le procura immédiatement et, très enthousiasmé par ce qu’il y trouva, il écrivit à Karl Marx dès le 12 décembre suivant :

Le Darwin que je suis en train de lire est vraiment splendide. D’une certaine façon, la théologie n’avais pas encore été finie jusqu’ici. Elle l’est maintenant. D’ailleurs, il n’y a jamais eu de tentative si magnifique pour démontrer les développements historiques dans la nature, ou du moins pas de façon si joyeuse.

Marx, plutôt occupé à l’époque, répondit à Engels un plus tard, le 19 décembre 1860 :

Ceci est le livre qui contient le fondement de l’histoire naturelle selon notre point de vue.

Puis il écrivit à l’activiste socialiste et anti-théiste Ferdinand Lassalle le 16 janvier 1861 :

Le livre de Darwin est très important et me sert comme base scientifique naturelle pour la lutte des classes dans l’histoire.

La formule ici choisie par Marx est très révélatrice : « le fondement de l’histoire naturelle selon notre point de vue », indiquant que le point de vue était déjà fait avant que la « preuve » arrive. On comprend que Marx et Engels ont adhéré sans hésitation au darwinisme, non pas car c’était une quelconque « vérité scientifique », mais car cette théorie leur permettait de mieux asseoir leur idéologie matérialiste. À leurs yeux, la théorie de l’évolution était géniale car elle renforçait le marxisme athée. L’évolution était un instrument leur permettant de rivaliser avec la métaphysique chrétienne.

Dans le but de promouvoir la théorie de l’évolution, Friedrich Engels rédigea en 1876 un essai de dix pages intitulé Le rôle du travail dans la transition du singe à l’homme. Puis en 1883, il compila toutes les idées évolutionnistes de l’époque dans un livre nommé La dialectique de la nature, contribuant ainsi à l’élaboration du darwinisme et à sa diffusion dans le milieu intellectuel.

Beaucoup d’encre a coulé au sujet de la correspondance écrite entre Charles Darwin et Karl Marx. Nous savons que les deux « lettres de Darwin à Marx » qui ont été sauvegardées sont authentiques, mais que la seconde était adressée à Edward Aveling, le concubin d’Éléanor Marx, la fille benjamine de Karl Marx. Edward Aveling était un fervent athée ainsi qu’un militant évolutionniste et socialiste d’envergure. Tant qu’à Éléanor Marx, elle fut une militante athée et communiste jusqu’à ce qu’elle se suicide. Ainsi, l’évolutionnisme n’est pas né dans un milieu scientifique désintéressé promouvant l’investigation objective, mais dans l’athéisme militant.

Comptant parmi les figures majeures du darwinisme au XIXe siècle, on peut aussi mentionner le zoologiste Thomas Henry Huxley. Son activisme vigoureux en faveur de la théorie de l’évolution et contre l’existence de Dieu lui valu d’être surnommé « le rottweiler de Darwin ». C’est Huxley qui inventa le terme « agnostique » pour définir sa propre croyance en 1860. Dans son cas aussi, on peut difficilement nier l’influence de son positionnement religieux sur ses vues « scientifiques ».

Au 21e siècle

De nos jours, les choses n’ont pas beaucoup changé. Plusieurs ex-athées notoires ont reconnus que la théorie de l’évolution était une pièce maîtresse de leur incroyance.

Richard Dawkins est un biologiste d’Oxford extrêmement influent et est le dirigeant officieux du mouvement athéiste mondial. Il a déjà avoué que « Darwin a rendu possible d’être un athée intellectuellement accompli. » Mais ce qui laisse abasourdi, c’est ses déclarations dans le documentaire Expelled de Ben Stein :

Il se pourrait qu’en un temps ancien, en quelque part dans l’univers, une civilisation a évolué — probablement par une sorte de moyen darwinien — à un niveau technologique très très élevé et a conçu une forme de vie qu’ils ont ensemencé sur, peut-être, cette planète. Ceci est une possibilité, c’est une possibilité intrigante, et je suppose que c’est possible que vous trouviez de l’évidence pour cela si vous regardez les détails de la bio-chimie et de la biologie moléculaire, vous pourriez trouvez une signature d’une sorte de concepteur. Et ce concepteur pourrait bien être une intelligence supérieure venant d’ailleurs dans l’univers.

Voilà l’athée le plus influent au monde qui fabule que nous venons des extra-terrestres ! Cette idée se nomme la panspermie, et ne résout en rien la question des commencements de la vie : elle ne fait la déplacer. Dawkins reconnaît lui-même ouvertement que les évolutionnistes ne savent absolument pas  comment la vie a commencée ; voici l’extrait vidéo :

Mais remarquez une chose : en fin de compte Richard Dawkins n’est pas contre la notion de conception intelligente elle-même, mais contre certains types de concepteurs : en l’occurrence contre DIEU. Plus explicite encore, dans une entrevue, lorsque son interlocuteur insista pour qu’il explique comment la sélection naturelle peut générer les milliers de machines moléculaires hyper-complexes présentes dans les cellules des êtres vivants, il s’est retrouvé coincé et confessa « je suppose que c’est une question de foi de ma part » !

Considérons également les propos de Thomas Nagel, éminent professeur de philosophie à New York University. Voici comment il explique son antipathie profondément enracinée à l’encontre du théisme [1] :

Pour ce qui est de la crainte de la religion, je ne me réfère nullement à l’hostilité parfaitement raisonnable vis-à-vis de certaines religions établies. […] Je prétends que l’athéisme est vrai et le fait que certains des individus les plus intelligents et les mieux informés que je connaisse soient des croyants religieux me met mal à l’aise. Ce n’est pas simplement que je ne croie pas en Dieu et espère tout naturellement qu’il n’y ai pas de Dieu ! Je ne veux pas qu’il existe un Dieu. Je ne veux pas que l’univers soit ainsi.

C’est de l’incrédulité délibérée, sans aucune honte. « Je ne veux pas qu’il existe un Dieu. » Face a pareille disposition, rien ne saurait être une preuve suffisante.

Après tout cela, les athées évolutionnistes ont le culot de dire qu’ils ne sont pas influencés par une quelconque (in)croyance. Par stricte honnêteté intellectuelle, ces athées devraient arrêter de répéter que « l’évolution c’est de la science, la création c’est de la religion. » Les faits historiques et l’actualité nous confirment que le darwinisme n’est pas religieusement neutre, mais plutôt une extension de l’athéisme.

[1] Ravi ZACHARIAS, Jésus et les autres divinités, Nîmes, Éditions Vida, 2002, p. 73-74.

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3 commentaires pour L’évolution n’est pas religieusement neutre

  1. Durandal dit :

    Précisons que même si le gourou athée Richard Dawkins admet que sa croyance en l’évolution est basée sur la foi, ça ne l’empêche pas de se permettre de dicter aux autres personnes comment elles devraient vivre, quitte à imposer l’athéisme aux croyants par coercition étatique…

    « Dawkins has said he would remove all financial support from Christian, Jewish, and Muslim schools and make them teach atheism ; prohibit hospital chaplains from solacing the ill ; and undertake other measures to combat the “infantile regression” of religious belief. And what about parents who persist in telling their children about religion ? “It’s probably too strong to say the state should have the right to take children away from their parents,” Dawkins told an interviewer. “But I think we have got to look very carefully at the rights of parents — and whether they should have the right to indoctrinate their children.” »

    Source : Dick Dawkins the Dictator

    Faites juste imaginer pour un instant si un pasteur ou un prêtre oserait déclarer que les parents qui refusent d’enseigner les préceptes chrétiens à leurs enfants devraient perdre la garde de leurs enfants. Imaginez les réactions. Imaginez l’indignation et les condamnations. Imaginez l’explosion médiatique. Mais quand un dirigent athée affirme exactement l’inverse, ça passe comme un couteau chaud dans du beurre mou.

  2. Gary Hitch dit :

    Excellent!
    Je suis très content de voir un autre blogue surgir qui explique les cas de manière correcte.
    Le Darwinisme est une plaie putréfiée dans notre monde. Ce dogme religieux, basé sur le matérialisme caché de Darwin, a causé des dommages incalculable.
    De plus, avec ses implications que l’être humain ne vaut pas plus qu’un singe ou un ver de terre, il n’est pas surprenant de voir la dévaluation de la vie humaine.

    Nous avons aujourd’hui des preuves tellement écrasantes contre cette théorie insensée que c’est presque gênant: entre autre les structures informationnelles algorithmiques trouvées en grande abondance dans la cellule. Cependant le voile de mensonge tissé par les matérialistes inconvertible, qui ont psychologiquement besoin de continuer à y croire, est si épais est si large qu’on ne réussit pas à dévoiler la vérité au public.

    Mais les jours du Darwinisme sont néanmoins comptés tout comme « la terre plate » de l’époque de Galilée. Ce n’est plus qu’une question de temps et fidélité d’efforts par ceux qui ont vu et compris.

    Merci

    • Durandal dit :

      Bonjour monsieur Hitch,

      Merci pour votre support. Je vois qui vous avez plusieurs bons articles pointus sur votre blogue. Il est en effet important de distinguer entre le scientisme et la science. Lorsque les athées/agnostiques se justifient avec « la science », ils se réfèrent en réalité au scientisme. La Différence ?

      Définition de la science :

      Ensemble cohérent de connaissances relatives à certaines catégories de faits, d’objets ou de phénomènes obéissant à des lois et/ou vérifiés par les méthodes expérimentales.

      Définition du scientisme :

      Opinion philosophique, de la fin du XIXe siècle, qui affirme que la science nous fait connaître la totalité des choses qui existent et que cette connaissance suffit à satisfaire toutes les aspirations humaines.

      Différence capitale ! Le scientisme est une philosophie basée sur un préjugé matérialiste, tandis que la science est l’observation et l’étude de la nature. Or rien dans la science ne stipule qu’il puisse exister quelque chose en dehors de la nature, et rien dans la science n’exclut qu’il puisse y avoir des flèches dans la nature pointant vers l’existence des choses surnaturelles (conception intelligente + complexité irréductible).

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